Jardins

Projet actuel : sur les traces du peintre catalan Joaquim Mir (1873 – 1940) et à partir de textes de l’écrivaine barcelonaise Mercè Rodoreda (1908 – 1983

 

Dernières retouches sur coquelicots et genêts

Dans mon atelier à Port-Vendres 66 France. Dernières retouches sur coquelicots et genêts

le Jardin comme une fondation méditerranéenne

Le jardin « nostrum » situé à l’intérieur des terres. un espace sauvage de contemplation.

Le jardin de mon enfance

Port-Vendres 1959 – En haut de la rue Pierre Rameil, dans la dernière maison habitait Madame Jouary. Son fils un peu plus âgé que nous jouait fort bien de l’accordéon et son mari travaillait comme matelot sur un des paquebots qui faisait alors la liaison Port-Vendres-Alger. Pour nous, Madame Jouary, c’était Adèle. Cette partie haute de la rue est une impasse qui aboutit à un escalier menant à la gare ferroviaire. Et le long de cet escalier où il avait fallu tailler dans la roche pour y donner accès, des petits îlots de terres vierges s’étalaient tout au long du passage.

Sans demander la permission à qui que ce soit, Adèle s’en était approprié la jouissance et avait créé de magnifiques mini-jardins où se mêlaient le cultivé et le sauvage. Elle avait la main verte, Adèle. Certaines plantes avaient même pris racine dans les fissures de la roche. Ce passage était en permanence coloré et Adèle ne laissait pas passer un jour sans rendre visite à ses jardins pour mettre en valeur la nouvelle herbe qui venait d’y pousser, germée d’une semence déposée et fertilisée par l’excrément d’un oiseau. Ces jardins dégageaient des odeurs suaves qui, à la fin du printemps, se mélangeaient à l’essence du figuier de Monsieur Gary, le forgeron.

J’ai toujours été très touché par la poésie des jardins d’Adèle, par ces mélanges subtils de couleurs, les nuances de verts, verts-gris, verts foncés, qui soutenaient les couleurs vives de certaines fleurs avec comme toile de fond les gris schisteux de la roche dressée à la verticale. Je ne me lassais jamais de m’y rendre et, ces jardins d’Adèle, je les contemplais comme des tableaux. L’ancrage de ce lopin réduit était profondément méditerranéen, il s’en dégageait la liberté propre à un lieu de passage. Abrité des assauts de la tramontane, il devenait un ballet presque abstrait dans un paysage musical et les couleurs se mélangeaient à la limite du juste parfait. Adèle était dans le jardin, dans son essence même, elle se fondait en lui, prolongement de son propre corps.

Ces images de mon enfance sont en moi, telles des estampes imprimées. Aujourd’hui dans mon atelier je reviens sur ces jardins d’Adèle ancrés ici, localement. Je n’ai nul besoin de les voir. Leur image est suffisamment forte pour que sans retenue, j’aille puiser en eux mes couleurs.

chercher la nuit, relever les couleurs par le noir

Etude rapide sur tablette 70x100cm Avril 2020

quand l'extérieur s'immisce

Jean Paul Sartre nous dit :  » de quelle manière le collage se rapporte t’il à un changement de temps ? » 30×40 cm Mars 2020